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atzhumin atzhumin 2011-03-23 15:35:46
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Christian Louboutin, de la chaussure pour femme au soulier pour homme

On ne présente plus Christian Louboutin, sauf pour préciser que ses chaussures, parmi les plus belles et luxueuses du monde, comptent désormais aussi leur ligne pour homme. Lui a rencontré ce grand Monsieur de la mode, qui nous a raconté les secrets de son travail, de sa création et des différences d’approche qui caractérisent hommes et femmes dans leur rapport, intime, à leurs chaussures.

Charnelle, sensuelle, chaloupée, la démarche des femmes fait fantasmer tous les hommes et Christian Louboutin, l’homme qui a révolutionné le soulier féminin et fait rêver depuis 23 ans les femmes du monde entier depuis son usine de Nerviano, à 25 km de Milan, où il dessine sa collection, participe de cet élan irrésistible. Chaque année, le styliste vend près d’un million de paires de chaussures. Un dessein qu’il n’a jamais planifié, mais qui s’est tracé naturellement depuis son enfance parisienne, dans l’amusement et le plaisir. Anticonformiste, Christian Louboutin a toujours eu une vision à part de son travail, qu’il a exprimée adolescent dans son école de couture, puis jeune adulte au côté de Roger Vivier lorsqu’il travaillait pour son exposition aux Arts Déco en 1988 ; au contact de la nature ensuite alors que, paysagiste, il aménageait des terrasses à Paris et New-York. C’est parce qu’il n’a jamais suivi la mode que son style est intemporel.

Et depuis 4 ans, la semelle rouge n’est plus un luxe exclusivement féminin : le créateur a senti que l’homme moderne était en reste, alors il a créé une première paire pour la tournée du chanteur Mika et, aujourd’hui, 6 boutiques hommes ont ouvert dans le monde (Londres, Milan, Shanghai, Los Angeles et New-York), dont une à Paris au 17 rue Jean-Jacques Rousseau. Une collection qui s’adresse à tous les hommes et qui a d’abord conquis musiciens, chanteurs, sportifs et des acteurs comme le jeune pensionnaire de la Comédie Française Pierre Niney, qui l’a adoptée sur tous ses récents tapis rouges.
 

© Jean Picon

© Jean Picon

Avant les fêtes de fin d’année, Lui avait rendez-vous pour un petit déjeuner dans le pied-à-terre parisien du styliste. À tout juste 51 ans, il nous raconte sa vie, son œuvre et ses années Palace.

John Malkovich a dit de vous « il semble se lancer un défi à chaque collection ». Pour la collection de souliers pour hommes, quel était le défi ?
Le challenge, c’était que ce soit aussi rigolo de faire des souliers pour l’homme que pour la femme, qu’il y ait autant de créativité. Parce que, autant les souliers pour femmes c’était un élément complètement naturel depuis mon enfance, autant les souliers pour hommes c’est une chose qui n’a commencé à m’intéresser que beaucoup plus tard. Donc, j’ai fait une première collection, puis une deuxième… et très vite, ça m’a beaucoup plu.

Avant d’avoir votre propre marque, quel type de souliers aimiez-vous porter ?
Tout. Mais je favorisais beaucoup ce qu’on appelle les « Gégènes », des souliers des années 1950 très pointus (en référence au chanteur américain Gene Vincent surnommé Gégène et qui portait des souliers à bouts pointus, ndlr). J’aimais tout ce qui était à base de rockabilly, je n’aimais pas les choses très rondes. Ou alors, j’avais un penchant pour les souliers 1940, énormes, avec un triple plateau très large. D’ailleurs, j’ai les pieds bousillés à cause de ça, car j’achetais mes souliers aux Puces et je fais un 42, mais si c’était une taille 40 je me disais : « tant pis, il n’y a qu’une paire, je la prends »
 

Christian Louboutin en pied

© Jean Picon

Quelle est votre conception du soulier pour hommes ?
J’aime les détails, j’ai toujours aimé les objets. Donc je considère les souliers pour hommes comme quelque chose où il doit y avoir du détail. Et c’est rigolo, car ça vient aussi du fait que je voyais les hommes qui accompagnaient leur femme acheter des souliers… Et ils regardaient, ils étaient attentifs aux détails. Pour l’histoire de la semelle rouge, il y a plusieurs anecdotes, mais une des premières remonte à 1992. Un couple de Brésiliens est entré pour acheter des souliers et, au moment de payer, l’homme a retourné les souliers. Il y avait une semelle noire à l’époque, et il est parti. Sarah, qui travaillait dans ma boutique et qui papillonnait pour essayer d’attirer son attention, m’a dit : « J’aurais dû mettre mon numéro de téléphone sur la semelle… » J’avais déjà dessiné la semelle rouge à ce moment-là et je me suis dit : « c’est un signe ».

Quel rapport les hommes ont-ils avec leurs souliers ?
Les hommes regardent les souliers comme un objet… Comme un homme qui fume sa pipe, alors il a sa collection de pipes. Ils ont un côté délicat avec leurs souliers, un rapport curieusement assez féminin. Les femmes ne font pas attention à leurs souliers, je ne connais pas une femme qui cire ses pompes. C’est très rare. Alors que chez les hommes, le dimanche on passe le cirage, on vernit, on patine.

Vous dites que le soulier doit être au service de la femme, qu’il doit être capable de disparaître et d’apparaître, que le soulier féminin renvoie au désir et à la sexualité… Qu’en est-il pour les hommes ?
Le soulier de la femme, quand il est bien fait, peut disparaître car il est pratiquement comme le dessin, c’est la continuation du dessin du corps de la femme. C’est juste une ligne et puis, surtout, il change le corps de la femme. Un talon, ça va changer la démarche, ça irradie le corps au complet. Le soulier de l’homme ce n’est pas la même chose. Par exemple, si on fait le portrait en peinture d’un homme nu avec des souliers ce sera titré : « Nu aux souliers » ; une femme nue avec des souliers, ce sera simplement « Nu ». Parce qu’un homme nu avec des souliers, on ne se dit pas qu’il est nu, on voit bien qu’il a des souliers et qu’ils se détachent du corps.
 

Christian Louboutin en interview

© Jean Picon

Quel est le modèle icône chez les hommes, l’équivalent du Pigalle chez la femme ?
Le premier soulier que j’ai fait pour moi, je l’ai porté à une fête il y a 8 ans et tout le monde m’a dit « Je veux les mêmes ». C’est le Roller boy, une espèce de mocassin un peu montant. À l’origine, décoré avec des clous, mais on le trouve en daim, en cuir, en tout maintenant. C’est le soulier qu’on vend le plus.

Et dans la manière de créer une paire de souliers pour hommes, qu’est-ce-qui change ?
C’est un travail différent, car mon dessin est naturellement courbé, même quand le soulier est plat. On rajoute le talon, donc je cambre le pied. J’ai un dessin rond, un dessin en cercle. Et donc, dans le soulier homme, il y a un moment où l’angle est beaucoup plus présent, les lignes droites aussi. C’est une chose que je me suis astreint à faire.

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